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Retour vers le Passé

Les inégalités mondiales sont revenues au même niveau qu’à l’époque coloniale

Trente ans de politiques de dérégulation ont effacé les acquis de l’après-guerre et les tentatives de mettre en place un État providence dans les pays développés. « Les inégalités mondiales contemporaines sont proches du niveau du début du XXe siècle, à l’apogée du colonialisme occidental », constate le rapport sur les inégalités mondiales publié ce 7 décembre.

Certes, le monde n’est plus le même qu’au début du XXe siècle. Les inégalités entre pays se sont réduites grâce à l’émergence de la Chine. Mais cette croissance n’a pas profité à tous. Les inégalités à l’intérieur des pays se sont accrues, si bien que, globalement, les écarts de revenus se sont creusés depuis les années 1980 et sont aujourd’hui les mêmes qu’en 1890…

Le revenu annuel moyen d’un adulte : 16 700 €

Le revenu moyen par adulte dans le monde en 2020 était de 16 700 € par an et le patrimoine moyen de 72 900 €. Les 10 % les mieux payés ont perçu en moyenne 87 000 € et les 50 % les plus pauvres 2 800 €. Le patrimoine moyen des 10 % les plus riches est de 550 900 € ; celui des 50 % les plus pauvres de 2 900 €.…

Ce rapport est le deuxième réalisé par le Laboratoire des inégalités mondiales, dont le siège est à l’École d’économie de Paris (PSE). Il s’agit d’un réseau mondial de chercheurs, dont certains sont connus pour leur participation active au débat public. C’est le cas de Thomas Piketty, Emmanuel Saez ou Gabriel Zucman.

Leur premier rapport avait été publié en 2018. Il avait fourni une photographie détaillée de l’état des inégalités de revenus et de patrimoine. Ce deuxième rapport précise l’image et l’actualise, montrant que la pandémie a encore accru les écarts de richesse.

Les super-riches au sommet

Le sommet de l’iceberg, ce sont les super-riches comme Elon Musk (Tesla) ou Jeff Bezos (Amazon). Ils ne sont pas les seuls. « Les 0,01 % les plus riches, qui ont un patrimoine supérieur à 15 millions d’euros, détenaient 7 % du patrimoine mondial en 1995. Ce chiffre est de 11 % aujourd’hui… C’est considérable », analyse Lucas Chancel, codirecteur du laboratoire sur les inégalités mondiales.

Le rapport détaille : « Les multimillionnaires ont capté une part disproportionnée de la croissance de la richesse : les 1 % les plus riches ont capté 38 % des richesses supplémentaires accumulées depuis le milieu des années 1990, tandis que les 50 % les plus pauvres n’en ont reçu que 2 %. »

L’un des problèmes pointés par le rapport est l’importance des pratiques d’optimisation fiscale, qui fait que les plus riches sont proportionnellement moins taxés que la classe moyenne. Depuis la publication du premier rapport, un certain nombre de choses ont changé : l’actuel président américain Joe Biden affiche une volonté d’augmenter les impôts pour les plus riches. Les années Trump ont démontré la nécessité de soutenir davantage la classe moyenne. Toutefois, le Sénat américain résiste à ces projets.

L’Europe, continent le moins inégalitaire

Le rapport dresse la liste des régions les plus inégalitaires. En tête, le Moyen-Orient, suivi de l’Amérique Latine, de l’Afrique subsaharienne, du Sud-Est asiatique. Dans ces régions, 10 % de la population capte plus de 55 % des revenus. Aux États-Unis, c’est 45 % et en Europe 36 %.

L’Europe apparaît comme la région du monde la moins inégalitaire : « Elle a mieux résisté à la remontée des inégalités intervenue à partir des années 1980, même si elle risque un scénario à l’américaine si elle n’y prend pas garde », estime Lucas Chancel. Il relève que la course au moins-disant fiscal a entraîné un appauvrissement des États.

La France est, en Europe, l’un des pays les plus redistributifs au monde. La part des revenus des 10 % les plus aisés est de 25 %. En parallèle, les 50 % les moins aisés reçoivent 23 % du revenu national. C’est mieux qu’en Allemagne (où cette part représente 19 %), au Royaume-Uni (20 %) et en Espagne (21 %). En revanche, les écarts restent très forts, en France, en termes de patrimoine. Un dixième de la population détient 60 % du patrimoine total, tandis que les 50 % les moins riches n’en détiennent que 5 %.

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